Hokuto no Ken - Interview
Buronson: Mr. Horie est le mieux placé pour parler des débuts de ken. En fait, au tout début, Mr. Hara avait déjà écrit un pilote de Hokuto No Ken. C'est lorsque l'oeuvre a été publiée en feuilletons qu'il a été question de trouver un scénariste car Mr. Hara était trop pris par les dessins. On m'a alors proposé ce travail et j'ai accepté. Ca a été le point de départ de la série.Nobuhiko Horie: Mr. Hara voulait quelqu'un qui connaisse le ''naniwa-bushi'', un type de chant narratif japonais, car l'histoire comportait beaucoup de scènes tristes. On s'était alors demandé qui pouvait être notre homme. Buronson venait de terminer une série dans l'hebdomadaire Jump. On savait qu'il connaissait le naniwa-bushi, nous sommes donc allés le voir. Il a su écrire de nombreuses répliques acérées qui suffisaient à elles-seules à bâtir une histoire.
Buronson: Mais au tout début, j'ai failli en venir aux mains avec M. Horie (Rires).
Nobuhiko Horie: Oui, parce que souvent, je le regardais sans rien dire. Il comprenait et me disait: ''D'accord, je vais tout réécrire !''
Buronson: J'ai voulu le tuer bien trois fois (Rires). Le silence est la pire des critiques. Il regardait mes brouillons sans rien dire. Pas le moindre commentaire.
Nobuhiko Horie: Oui, je faisais juste la grimace.
Tetsuo Hara: J'ai mis tout ce qu'un garçon pouvait idolâtrer dans le personnage principal. kenshirô est donc très important. En général, les adolescents admirent les hommes classieux. J'admirais moi-même les hommes forts, capables de se battre et d'affronter les gens mauvais. Comme j'étais un souffre-douleur, j'étais l'opposé de ça. J'ai donc créé dans un manga l'homme idéal. Cet homme est kenshirô. J'ai donc une affection particulière pour lui.
Buronson: Je les aime tous, mais il parait que je ressemble à Jagi.
Tetsuo Hara: kenshirô est son frère cadet. Il a des aînés.
Buronson: Quoi qu'il en soit, tout le monde aime les hommes forts. Mais d'un point de vue humain, j'aime bien Jagi, j'aime sa faiblesse. Il a une faiblesse d'homme qui me rend triste plus que tout. Quand il est mort, j'ai pleuré (Rires).
Nobuhiko Horie: Personnellement, j'aime beaucoup Raoh, je comprends sa ''maladresse''. J'ai longtemps été cadre en entreprise. Dans ce milieu, tout va bien quand on sait être prévoyant. Mais ni Raoh ni moi ne sommes ce genre de personne. C'est pour ça que j'étais un mauvais cadre. Je crois que ce sont souvent ces gens les plus désolants. Posez la question à Buronson.
Buronson: D'abord, je compile des idéogrammes compliqués. Par exemple, le Hokuto Shinken est dur, alors je choisis des idéogrammes dont le sens est dur. Le Nanto, par exemple le Suichôken, est plus svelte, alors je choisis des idéogrammes plus doux ou raffinés. Donc, pour chaque technique de combat, je choisis des caractères selon la force ou les expressions des visages. Je fais donc de simples associations de caractères. Quand un idéogramme correspond aux dessins de Mr. Hara, je le garde. Je ne me sers que d'un dictionnaire. Et d'un livre d'acupuncture.
Pour les points vitaux?
Buronson: Oui, je le consulte et j'y prends des idées pour l'histoire. Mes seuls outils de travail sont donc un dictionnaire et un livre sur les points vitaux.
Nobuhiko Horie: Personnellement, j'aime beaucoup le nom Toki. Raoh porte bien son nom. kenshirô aussi.
Buronson: En fait, je combine des idéogrammes. Raoh est un géant, alors j'ai pris le Ra de ''lutte'' et O de ''roi''. Pour Toki, je me suis inspiré de l'oiseau Toki, ou Ibis nippon, pour son côté esthétique. Je relève d'abord des idéogrammes puis je vois s'ils rendent bien en katakana. Je prends donc des idéogrammes puis je les écris en katakana. Pour Jagi, j'ai pris le Ja du ''mal'' et le Gi de ''démon''. Jagi est un personnage vraiment malfaisant. J'ai ainsi combiné des idéogrammes que j'ai écrits ensuite en katakana.
Tetsuo Hara: Pour ma part, je me mets dans la peau de chacun des personnages que je dessine. Je dois jouer tous les rôles. Les méchants aussi bien que leurs victimes. C'est de cette façon que je peux créer leurs gestes et leurs actions en détail.
Buronson: Moi aussi. Quand je fais parler Raoh, je me tiens comme ça et j'écris très gros sur mes brouillons. Et quand j'écris sur un lâche, je me rabougris. Je fais ça naturellement.
Tetsuo Hara: Je fais ça aussi.
Buronson: Quand je fais parler une femme, je prends une voix de femme. Je dois prononcer la réplique pour en comprendre la nuance. Par exemple, je dois prononcer ''je t'aime'' et ''je t'aime bien'' pour savoir laquelle de ces répliques est appropriée. Je dois probablement faire des gestes très féminins (Rires).
Tetsuo Hara: Parfois, quand je lis l'écriture de Buronson, je ne suis pas inspiré. Pour le comprendre, je dois dessiner. Comme je suis de la génération télé, je ne lis pas beaucoup et les textes ne m'inspirent pas. Je suis quelqu'un qui comprend mieux les dessins.
Nobuhiko Horie: En général, sur le bureau d'un dessinateur, on trouve un miroir. ça lui permet de se dessiner. Il joue le personnage devant le miroir et le dessine ensuite.
Tetsuo Hara: Oui, au début, j'utilisais souvent le miroir.
Buronson: La technique fondamentale c'est le hyakuretsuken. Et la dernière, c'était ''tenshô-'' quelque chose. Celle qui signifie ''retour au ciel'' ?
Tetsuo Hara: Tenkishô.
Nobuhiko Horie: C'était ''tenshô-'' quelque chose.
Brunson: On a oublié (Rires).
Tetsuo Hara: Pourtant, on a écrit ça il n'y a pas longtemps.
Nobuhiko Horie: Il y avait un tenshô-truc.
Buronson: Je ne sais pas.
Nobuhiko Horie: On est allés sur les lieux de la production et on a classé les noms. Il doit y en avoir 250.
Buronson: Autant ?
Nobuhiko Horie: Il doit y en avoir moitié moins dans l'original.
Buronson: Je n'arrive pas à me souvenir.
Tetsuo Hara: Personnellement, je n'ai pas une préférence particulière, pour tout dire. Mais lorsque les dialogues avec les méchants ressortaient bien, j'étais satisfait. Une fois, un bandit promet à un homme qu'il lui laissera la vie sauve s'il le touche et lorsque celui-ci le touche, il le tue quand même. Par la suite, ce bandit se fait attraper par kenshirô. kenshirô lui dit qu'il ne le tuera pas s'il lui révèle un secret. Quand l'autre parle, kenshirô finit quand même par le tuer. Ce genre de dialogue est bien pensé. J'aime beaucoup ça, je trouve ces scènes légères, rafraîchissantes. J'essaye toujours d'en respecter les nuances.
Nobuhiko Horie: Dans le deuxième épisode, celui que vous avez eu du mal à écrire, il y a une scène où le vieux Misumi dit à kenshirô que c'est la première fois depuis longtemps qu'il voit un humain. Quand j'ai vu cette scène, j'étais convaincu que cette série allait continuer. J'aime beaucoup cette réplique. L'histoire se déroule à une époque où les hommes sont des bêtes. Quand j'ai compris que kenshirô tentait de protéger ceux qui essayaient de rester humains, je me suis dit que l'histoire continuerait. Cette réplique est perdue au milieu des autres, mais elle est très importante pour moi.
Buronson: Il y a souvent des répliques traditionnelles quand un personnage s'apprête à tuer un méchant. J'aimais bien les modifier, leur donner plus de force. ça m'a beaucoup amusé de les écrire.
Nobuhiko Horie: On montre souvent la force de ken, qui vit dans un monde brutal. Les sentiments, eux, sont exprimés par Lynn et Batt. C'est pour ça que leur présence est importante. Ce genre de personnages ne me serait pas venu à l'esprit. ça, c'est le travail de Buronson. C'est une bonne chose car si on décrit le fort, il faut décrire le faible. J'aime ces personnages pour le contraste qu'ils apportent.
Tetsuo Hara: C'est à Batt que j'ai le plus donné mes sentiments. Je m'identifiais facilement à lui car je le trouvais proche de moi.
Buronson: S'il ne vole pas, il ne mange pas. Mais il aimerait vivre honnêtement. C'est un enfant normal qui doit s'adapter à son époque. Il garde encore sa tendresse d'enfant et un certain sens de la justice. Il symbolise bien son époque. Lynn, de son côté, symbolise la faiblesse, l'innocence, ou la fugacité de l'époque. Ainsi, dans ce monde cruel, on peut encore voir des enfants qui vivent normalement. Cela a permis de donner un équilibre à l'ensemble.
Nobuhiko Horie: Sans point de vue d'un personnage normal, il est difficile de comprendre la série. Beaucoup de gens demandent d'où vient le nom Batt. Je leur dis de s'adresser à Buronson.
Buronson: De chauve-souris, simplement. Le plus difficile a été le deuxième épisode. Le premier avait été publié in extenso dans l'hebdomadaire. Tout allait bien. Quand il a fallu faire le deuxième, il s'est révélé être le plus difficile de tous. On savait que si on le ratait, cette série était finie. Le deuxième épisode est toujours le plus important. On a dû s'y reprendre je ne sais combien de fois. Plus de quatre ou cinq, ça a pris beaucoup de temps. D'ailleurs, pour produire la réplique de Misumi dont Horie a parlé, on s'est donné une peine incroyable.
Nobuhiko Horie: A l'époque, il y avait quelques pages bicolores et le reste en noir et blanc. On ne pouvait plus modifier les planches bicolores déjà rendues. J'ai ensuite refusé les planches en noir et blanc. Vous avez dû les réécrire.
Tetsuo Hara: J'ai dû tout redessiner.
Buronson: Et on était dans l'attente de mes brouillons. Les premiers avaient été rejetés en bloc. On était vraiment pressés par le temps.
Tetsuo Hara: Oui, c'est vrai. Je ne comprenais pas pourquoi je devais tout refaire. J'avais déjà commencé à illustrer le premier brouillon.
Buronson: Je n'étais pas d'accord avec Horie et on ne savait pas ce qu'on allait faire. A la fin, on était en guerre. ''T'as qu'a l'écrire toi-même !'' (Rires).
Tetsuo Hara: Je me suis aussi fait engueuler par la suite (Rires). Je ne sais plus pourquoi, d'ailleurs. il m'a engueulé au salon de thé.
Buronson: Mais quand tout a fonctionné, j'ai crié ''c'est fini'' et lui a souri. Et là, on est allés directement au bistro. Quand ça n'allait pas, il se taisait. Je me suis aussi tu à mon tour. Mais on pestait l'un contre l'autre intérieurement (Rires).
Nobuhiko Horie: Ses yeux deviennent des triangles quand il se fâche. Quand je vois ça, je me dis qu'il ne va pas tarder à exploser.
Buronson: Mais il ne fait aucun compromis. Il ne renonce pas en cours de route. Il ne rentre pas chez lui tant qu'il n'est pas satisfait. C'était au comptoir d'un bar à sushi. On discutait interminablement et quand on s'est enfin mis d'accord, je n'ai pas pleuré, mais j'étais ému. D'ailleurs on était assez ivres. Mais plusieurs fois, on a failli pleurer. N'est-ce pas ?
Nobuhiko Horie: Oui. Moi j'ai pleuré. Vous ne l'avez pas vu parce que mes yeux sont petits (Rires).
Buronson: Mais il est clair que nous étions passionnés par ce que nous faisions.
Nobuhiko Horie: Oui, je visualisais dans ma tête une scène, ses images. Et quand j'en discutais avec Buronson, il arrivait à la transcrire en gros dans ses brouillons. Il m'est arrivé de pleurer en imaginant ces scènes. Parfois, je n'ai pas pu réprimer un sanglot.
Buronson: Ensuite, il a sans doute fait pleurer Mr. Hara en lui ordonnant de dessiner de telle ou telle façon.
Nobuhiko Horie: J'ai travaillé dur. J'ai même joué les scènes devant lui.
Buronson: Au début, je n'avais pas pensé à créer quatre frères. J'ai ajouté Raoh et Toki pour continuer l'histoire. Je n'avais pas pensé à eux quand j'avais créé Jagi. J'avais fini Jagi et kenshirô était le cadet. Il lui manquait encore deux frères. J'ai pensé qu'on pourrait se servir d'eux après, c'est pour ça qu'au début, on ne voit que leurs silhouettes. Leurs rôles n'ont été décidés que par la suite.
Nobuhiko Horie: Grâce à un caprice de Ryûken (Rires).
Tetsuo Hara: Ils étaient de naissance noble.
Buronson: Ils ont toujours été forts. Ces deux puissants frères aînés apparaissent et décident de s'en prendre au benjamin, mais celui-ci est plus fort.
Nobuhiko Horie: Il est trop fort pour eux.
Buronson: Quand on regarde les deux, ils sont impressionnants, mais le jeune l'est encore plus. ça devait mal tourner.
Nobuhiko Horie: Parfois, des gens me téléphonent pour me dire qu'ils ont vu l'étoile de la Mort et ils demandent s'ils vont mourir. Je réponds qu'autrefois, dans l'armée, un examen consistait à demander à un candidat s'il parvenait à voir cette étoile. ça signifiait simplement qu'il avait une bonne vue et qu'il ne devait pas craindre de mourir.
Tetsuo Hara: La vraie position de l'étoile de la Mort est différente.
Nobuhiko Horie: Vous savez, l'armée a vraiment...
Buronson: Au début, l'étoile avait un autre nom. On l'avait utilisé plutôt qu'étoile de la Mort. A la fin de l'histoire, on m'a dit qu'elle existait vraiment. ça m'a amusé et j'ai pensé que c'était une fiction, mais non.
Source: DVD Bonus Hokuto no Ken - L'Ere de Raoh (Kaze)
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